David Krüger : « les gens sont mon sujet de prédilection. L’humanité me fascine. »

David Krüger, voix française connue de tous et photographe par passion, s’est confié à nous lundi dernier.  Parrain de l’association ACSED et adepte de Bliss, il nous a parlé de son « aventure » artistique, de sa quête du Beau et même de son envie de remonter sur scène…

Bliss David Krüger
Quand David découvre Bliss…
  • Bonjour David… vous avez une carrière cinématographique impressionnante ; en parallèle de celle-ci, vous avez choisi de vous lancer dans la photographie, quand avez-vous commencé ? Expliquez-nous ce qui vous a motivé ?

Bonjour Coline… je ne parlerais pas de carrière « cinématographique », pour la simple raison que les tournages n’ont malheureusement pas été mon chemin de vie en tant que comédien.  Je travaille essentiellement en studio, depuis trente ans, pour des Voix Françaises (VF), des jeux vidéos, des audios de toutes sortes.
Et même s’il m’arrive bien évidemment de fréquenter les plateaux de tournages et les scènes de théâtre, ce n’est pas mon activité principale. Mais j’ai très envie de remonter sur les planches ou de tourner, donc , à suivre….

Pour ce qui est de la photo, ça a toujours été une passion. A l’adolescence, déjà, je multipliais les images. Et j’avoue que si je n’avais pas suivi l’atavisme familiale, mon idée à cette époque était de faire la Fac des Langues Orientales après mon Bac : d’apprendre le chinois, l’arabe et de parcourir le monde, vers les conflits, les catastrophes naturelles et autres grands événements humains ou non, sur la planète.
La vie et moi en avons décidé autrement.
Or pour mes quarante ans ( il y a presque dix ans ), on m’a offert un appareil photo, alors que j’avais totalement arrêté de faire des images depuis mes vingt sept ans. Depuis ce cadeau, je n’arrête pas et je me suis replongé à fond dans cette passion.
Et les gens, sont mon sujet de prédilection. L’humanité me fascine.

  • Vous avez réalisé le projet “La Lumière des Âmes”, pouvez-vous nous en parler un peu ? D’où vous est venue l’inspiration et que vous a t-il apporté ?

L’aventure ( car il ne s’est jamais agit d’un projet en ce sens que je n’ai jamais eu de but ou d’ambition pour ces images ), se nomme précisément  » i – La Lumière des Âmes ». 
Je tiens à ce i, car en anglais ( phonétiquement « aye » ) il signifie non seulement « œil », mais aussi « je ». Ce double sens est très important dans la démarche. Sans compter la dualité du Noir et Blanc, mais aussi le rapport au Cercle et au Carré des Mandalas, liaison entre la Terre et le Cosmos, la Matière et l’Esprit…
Le concept est venu d’une photo de mon beau-père, il y a quatre ans, postée sur la toile par ma sœur Julie. Dans l’œil de cet homme de 83 ans, j’ai remarqué qu’il n’y avait plus de lumière, plus d’envie, plus de Vie. Et j’ai tout de suite compris qu’il allait « partir ». Le futur m’a malheureusement donné raison, puisqu’il il est décédé six mois plus tard, en octobre 2013.
Un an plus tard, sans savoir tout de suite d’où l’envie provenait, je commençais par photographier le regard de ma femme et de quelques copains autour de moi. La famille aussi. L’idée plaisait.

« Je me suis rendu compte que chaque regard était vraiment différent, qu’ils racontaient tous une histoire,  j’ai donc décidé de raconter 1001 histoires. »

Et comme je me suis rendu compte que chaque regard était vraiment différent, qu’ils racontaient tous « une histoire », j’ai décidé de raconter 1001 histoires, petit clin d’œil ( c’est le cas de le dire ) à la célèbre Schéhérazade.
Le concept était de retrouver en chacun la petite étincelle de Vie, la Lumière en Soi. Il m’a fallu trois ans et de nombreux voyages en France, pour réunir les 1001 yeux. Et ça a été un chemin incroyable, beau, et personnellement constructif. Rencontrer tous ces gens, connus mais surtout inconnus, apprendre de leurs histoires, de ce qu’est leur Vie et leur parcours, c’était tout simplement passionnant et vivifiant. Il s’agissait donc d’une aventure avant tout humaine.
Cela étant, même si la série des 1001 est terminée, j’ai décidé de continuer ce travail, mais cette fois ci de travailler par thèmes. L’aventure se poursuit, donc. Et c’est magique.

  • Avez-vous un souvenir d’un shooting qui vous aurait particulièrement marqué ?

Oui, tout à fait. Il s’agit d’une série de nus, avec ma femme, sous une cascade.
Le soleil était là ( fort heureusement car l’eau de la rivière était glacée malgré l’été ), l’axe de la Lumière était bon, ma femme était belle ( à son habitude ), et nous avions tous les deux envie de cette séance improvisée.
Le résultat est surprenant, et assez beau je crois. En tous cas j’en suis très content et fier, ce qui est rare avec mon travail. Je suis un éternel insatisfait.

  • Sur quoi travaillez-vous actuellement, un projet semblable ?

J’ai débuté il y a environ trois ans une série de nus féminins devant un miroir, pour aller chercher la lumière des femmes, pour qu’elles arrivent à se dire qu’elles sont belles, quelque soit leur physique et leur âge, à se faire le cadeau de leur Beauté.
Pour l’instant dix femmes ont participé. Ma femme fut la première, évidemment. D’autres le souhaitent aussi, mais je ne suis pas pressé. La démarche est assez ardue, car se mettre nue devant un homme, même pour une série photographique, n’est jamais évident. Donc je laisse le temps au temps.

« Paul Eluard disait : « il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. » Je crois sincèrement à ça. Je laisse donc les rendez-vous arriver. »

Paul Eluard disait « il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». Je crois sincèrement à ça. Je laisse donc les rendez-vous arriver, mais tout en envoyant un message clair à l’Univers de cette volonté de rencontre et de création. Je crois profondément que lorsque ce message est vrai et juste, l’Univers nous répond toujours positivement.
Mais j’ai aussi d’autres projets, toujours de nus et toujours avec des femmes, afin d’apporter modestement ma pierre à l’édifice d’une égalité totale entre les deux sexes, mais aussi de dénoncer ce que les femmes subissent depuis des millénaires sur différents sujets qui m’apparaissent totalement révoltants, et qui doivent cesser absolument.
Mais aussi une autre série sur la renaissance à Soi, une autre sur la chute… bref, les idées ne manquent pas….

  • Vous vous êtes généreusement investi aux côtés de l’association ACSED ces dernières semaines, pour quelles raisons, un lien avec vos travaux ?

Cela faisait des années que je souhaitais m’investir pour une cause. Là encore, pas de hasard. C’est par le biais de cette série des yeux que j’ai croisé le chemin de Corinne et Valentin, de l’association ACSED, mais aussi de Mélanie la magicienne et son fort projet BLISS.
Bref, j’ai trouvé le combat d’ACSED magnifique, et le projet de BLISS fou. Et tous les deux très beaux.
Magnificence, Folie, Beauté, il ne m’en fallait pas plus pour me séduire. Je n’ai pas beaucoup de choses à offrir, ni d’argent, mais je ferai ce que je peux pour être présent et actif pour les deux combats.

  • Le 24 septembre dernier, vous étiez présent pour soutenir leur action : “les foulées sans douleurs”,  aux 10 km des écluses de la Mayenne ; quel a été votre rôle, qu’en avez-vous pensé ?

« Magnifique. Encore du beau, toujours du beau. C’est ce que je cherche dans ma vie, constamment. Donc j’ai été servi. »

Je tenais absolument à faire quelque chose pour ACSED et BLISS pour cet événement. Les seuls outils que je possède sont ma voix, et le fait de faire des images.  J’ai donc décidé de venir suivre le parcours des 10 km que toute l’équipe des deux projets a couru et de faire des images de ce sublime et généreux effort. Tout le monde, sans exception, a terminé. 26 personnes au départ, autant à l’arrivée.
Magnifique. Encore du beau, toujours du beau. C’est ce que je cherche dans ma vie, constamment. Donc j’ai été servi.

  • Ils couraient pour financer Bliss au profit de jeunes douloureux… vous avez vous-même essayé l’application de réalité virtuelle, quelles sont vos impressions ?

Oui !  J’ai essayé ! À notre première rencontre, Mélanie m’a dit « j’ai apporté BLISS, tu n’y échapperas pas, faut que tu essayes ! Hahaha ».
Alors voilà, j’ai essayé. Au départ, j’étais très intrigué, je l’avoue. J’ai même cru, pendant un court moment, à un canular ou une farce, genre il va y avoir un monstre qui apparaît au bout d’une minute…. hahaha !
Mais en fait, une fois la tension passée ( des peurs d’enfants qui remontent à la surface, certainement ), c’est….. comment dire…… à la fois beau, magique, rigolo, et apaisant.
A tel point, et pour preuve, ils m’ont filmé pendant que j’avais le casque sur les yeux, et les écouteurs, et en effet, on voit que je me détends au fur et à mesure de l’expérience.
Fascinant.

  • Comptez-vous poursuivre votre engagement dans le milieu associatif, et plus précisément auprès d’ACSED ?

Évidemment, plus que jamais, tant que je serai utile et que l’on voudra bien de moi. Il m’a fallu plusieurs décennies pour m’investir dans une action de ce type, et surtout pour trouver la bonne, qui me correspondait. Je crois que les grosses structures n’avaient pas grâce à mes yeux et je n’arrivais pas à faire mon choix de combat. Trop d’argent et trop peu d’humanité, de relations simples et justes, vraies.
Or ACSED et BLISS me correspondent parfaitement dans ce qu’ils véhiculent. Et puis ils partent de rien, et le combat est dur. Et je n’aime pas les choses trop faciles.
Et j’ai très envie de construire….

Propos recueillis par Coline Bohec

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