Démystification de l’hypnose, une thérapie qui guérit…

Nombreux sont ceux qui imaginent encore l’hypnotiseur comme un marionnettiste disposant des pleins pouvoirs sur son sujet.  L’hypnose a pourtant été reconnue en 2013 comme pratique médicale par l’assistance publique. On préfère donc aujourd’hui, par soucis d’éthique essentiellement, distinguer les termes d’hypnothérapeute et d’hypnotiseur.  Quand le premier a pour finalité le bien-être  de son patient à travers la suggestion, le dernier use de l’injonction  et recherche le spectaculaire, ne s’adressant qu’aux 5% à 10% de la population très hypnotisables.

A practictioner of mesmerism - Welcome Collection
A practictioner of mesmerism / ©Welcome Collection

Sur les traces de l’hypnose, les prémices de l’hypnothérapie

L’hypnose est une pratique très ancienne qui remonte à des milliers d’années.
Déjà mise à profit en Egypte et Grèce Antique, c’est au XVIIIe siècle qu’elle fait parler d’elle à nouveau : Franz Anton Mesmer, médecin allemand, – à ne pas confondre avec Messmer, praticien actuel de l’hypnose de spectacle – s’inspire des travaux de Paracelse et théorise le “magnétisme animal”, autrement appelé “mesmérisme”. Sa théorie porte sur l’existence d’un fluide universel circulant dans l’organisme et contrôlable par autrui. Appliquant sa méthode thérapeutique, non sans réaction violente des sujets traités, il parvient à créer un nouvel espace de soin pour les malades auprès desquels la médecine s’avère impuissante ; cette nouvelle thérapie ouvre alors la voie à de nombreuses hypothèses sur les relations réciproques entre le corps et l’esprit, engageant ainsi des perspectives nouvelles de guérison même si douloureuse.
Controversée, décriée puis condamnée par l’Académie de Médecine suite à une étude réfutant l’existence d’un tel fluide, la thérapie pose néanmoins les bases de l’hypnose moderne et incite à un approfondissement de la connaissance des liens existants entre le physique et le psychique.

Nombreux ont été ceux qui ont poursuivi les expériences de Mesmer ; les découvertes se sont multipliées jusqu’à ce que Milton Hyland Erickson, psychiatre et psychologue américain au XXème, bouleverse la pratique hypnotique et ses conceptions en mettant au point une méthode d’hypnose éveillée reposant sur une relation respectueuse entre le patient et son thérapeute.

« L’hypnose, c’est une relation pleine de vie qui a lieu dans une personne et qui est suscitée par la chaleur d’une autre »
– Milton Erickson

Sa pratique consiste en des thérapies brèves à base de suggestions indirectes qui provoquent une déconnexion mentale permettant au praticien de guider son patient.  Elle s’est largement démocratisée en France sous l’appellation d’hypnose ericksonienne puis de Nouvelle Hypnose et connaît depuis quelques années un regain d’intérêt marqué au sein du corps médical.

Quelles applications à l’hypnothérapie ?

Si en France, les études cliniques sur la pratique hypnotique reçoivent très peu de soutien financier en raison de leur complexité, son champ d’application s’est prouvé être très large, notamment en terme d’anesthésie et de traitement de la douleur.  La thérapie mérite donc sans nul doute une continuité des recherches quant à son potentiel.

Un nombre croissant d’hôpitaux se forment aujourd’hui à l’hypnothérapie. Ils ont pour but de la proposer aux patients comme solution complémentaire (hypnosédation) voire alternative aux produits anesthésiants lors d’interventions chirurgicales, de gestes douloureux ou même d’accouchements. Une étude a d’ailleurs été réalisée, concluant à la diminution des douleurs et de la peur de l’injection péridurale chez 2 femmes enceintes sur 3.
L’hypnothérapie est ainsi fréquemment utilisée avec les personnes allergiques aux substances anesthésiantes, ou celles trop âgées et fragiles pour subir une anesthésie.

En plongeant les patients dans un état hypnotique – qui se traduit par un processus cérébral dynamique au cours duquel le cerveau travaille dans une zone de conscience particulière – l’hypnothérapeute est capable de modifier la perception de la réalité : le patient donnera une interprétation différente de la douleur et sa souffrance sera moindre.
La douleur agit sur différentes zones du cerveau : le cortex sensitif – qui donne l’origine et l’intensité de la douleur – puis le cortex cingulaire et le cortex frontal – qui traitent l’information reçue. En intervenant sur l’une ou l’autre de ces aires, l’hypnothérapeute atténue la sensation de douleur.

Sensation de douleur avec et sans hypnose
Activité du cerveau et sensation de douleur sous hypnose

Si l’objectif initial de l’hypnose à l’hôpital était de diminuer la sensation de douleur qu’elle soit aiguë ou chronique, elle s’est avérée entraîner des effets secondaires, tous bénéfiques : d’une meilleure qualité de sommeil à un contrôle des émotions accru. L’état hypnotique augmente les ondes lentes du cerveau, appelées ondes thêta qui correspondent à un état de relaxation profond et favorisent la disponibilité mentale. 

Dans le cadre d’une opération chirurgicale sous hypnose, le médecin en charge voit ainsi son intervention favorisée par un flux sanguin plus régulier et donc un saignement plus facile à contrôler en raison de l’état décontracté du patient…

De plus en plus de professionnels de la santé se forment aujourd’hui à l’hypnose et l’usent comme alternative à la psychanalyse traditionnelle. Thérapie brève et révélatrice de la puissance du cerveau (ce qui se passe à l’intérieur prend le pas sur l’environnement extérieur), l’hypnose permet une amélioration des capacités physiques comme cognitives.
Très efficace contre le stress et la douleur, la thérapie représente également un traitement intéressant contre les phobies, les comportements compulsifs, le manque de confiance en soi et les addictions.
Etant irrationnels, ces comportements sont particulièrement difficiles à corriger : face à eux, la raison n’a pas sa place ; en jouant sur l’inconscient et les sensations, l’hypnose parvient à faire ce que peu de méthodes réussissent, on pense notamment à l’arrêt du tabagisme.

Aujourd’hui, le développement de nouvelles technologies élargie encore le champ des possibles : si les deux tiers de la population sont hypnotisables et peuvent bénéficier de cette thérapie alternative quand nécessaire, le tiers restant se retrouve démuni.
Plusieurs bénéfices de la réalité virtuelle se trouvent être similaires à ceux octroyés par l’hypnothérapie : en couplant ces deux méthodes alternatives, peut-être serait-il possible de toucher une plus grande partie de la population, de perfectionner leurs bienfaits, voire même d’en discerner de nouveaux…

Sources : (1) (2) (3)

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